31.05.2009
Johnny Hallyday fait du télé crochet
Elles étaient arrivées tôt, s’étaient mises en ligne calmement, avaient sorti les chaises pliantes, les aiguilles à tricoter, le thermos de thé, et avaient attendu l’ouverture des portes. Un an plus tôt, elles auraient fait rire toute l’assistance. Aujourd’hui, elles inspiraient la crainte.
Les Mémés Chorales étaient en train d’investir les usines à chanteurs télévisées. Suivant l’exemple de Susan Boyle, candidate finaliste d’une de ces émissions en Angleterre, qui avait ému le monde entier, elles se présentaient cette année en nombre à toutes ces émissions pour wanabee chanteurs.
Au début, ça avait fait rire : « C’est émissions, c’est vraiment de la télé crochet », entendait-on dans les couloirs des boîtes de production. Mais devant l’afflux de grands-mères, et parfois de grands-pères, les producteurs avaient commencé à prendre peur. Le concept, c’était de mettre des jeunes gens, beaux et cons, dans le poste. Pas des vieux ridés. Pour ça, il y avait déjà eu La chance aux chansons. L’année suivante, ce serait quoi ? Les enfants ? L’école des fans aussi, ça avait déjà été fait.
Pour éviter de ringardiser leurs émissions, les producteurs avaient tenté d’instaurer des limites d’âge. « Discriminatoire », avait jugé la justice. Ils avaient alors essayé de sacquer tous les vieux aux éliminatoires. Mais ils étaient tellement nombreux que cela prenait un temps fou. Et il fallait l’avouer : parmi eux, certains savaient vraiment chanter. Alors que les hordes de blondasses surmaquillées ou de bellâtres surgominés, eux, avaient encore du boulot devant eux. Les jeunes le savaient bien, d’ailleurs.
Et c’est ce qui leur faisait peur. Dans les files d’attentes pour les auditions, des regards noirs se posaient sur les Mamies Chorales. Des murmures, souvent. « C’est déjà la crise, y’a pas de boulot, si en plus les vieux viennent nous piquer nos rêves… ». Des tentatives d’intimidation, des insultes, parfois. Rien n’y faisait, les vieux cons étaient là, prêts à ridiculiser les jeunes cons.
Dans toutes les émissions, tous ces vieux cons étaient finalement méthodiquement éliminés, pour laisser la place à de jeunes cons. Mais pendant ce temps-là, les audiences s’effondraient. Les vieux, devant leur télé, ne voulaient plus regarder des émissions d’où ils étaient bannis. Or, ces vieux étaient en fait l’essentiel des spectateurs. Le télé crochet agonisait. Un scandale vint l’achever.
Johnny Hallyday, officiellement à la retraite, s’était présenté incognito à l’une de ces émissions. Crâne rasé, look de retraité, lunettes, personne ne l’avait reconnu. Le jury l’avait descendu. L’idole-des-jeunes-devenus-vieux, humiliée en direct devant des millions de téléspectateurs : les audiences n’y avaient pas survécu. Lui non plus, d’ailleurs : on s’entendant dire qu’il ne savait pas chanter, Johnny était décédé.
[Inspiration: Susan Boyle, qui vient de se fairte éliminer en final de Britain's Got Talent, Johnny, qui part enfin en retraite, et Wu Baiwei, la Susan Boyle chinoise, et puis aussi La Blanche et les Fatals Picards, qui ont tué Johnny avant moi]
13:04 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : la blanche, johnny est mort, les fatals picards, la mort à johnny, susan boyle, johnny hallyday, musique, télévision, nouvelle star, britain's got talent
17.05.2009
Danger pour l'humanité
Jour 0
- Tu voudrais pas qu'on fasse un enfant, toi et moi?
Dominique releva les yeux, regarda Camille avec un peu d'étonnement, puis sans un mot, se leva pour l'embrasser, en cachant quelques larmes de joie. L'idée leur trottait dans la tête depuis longtemps, même si elle n'avait été jamais aussi clairement formulée. Oui, à 30 ans, après 8 ans de vie commune, faire un enfant était depuis longtemps une envie. Il était temps d'en faire un projet.
Jour 2
- La procédure est simple, expliqua le médecin. Dans le cas d'un couple d'hommes, nous avons besoin des spermatozoïdes de l'un, et d'un prélèvement ADN de l'autre. Pour un couple de femmes, on prend l'ovule de l'une, et pareil, un prélèvement ADN de l'autre. L'ADN prélevé est intégré dans un ovule ou dans un spermatozoïde vierge de tout code génétique, et on lance une fécondation avec le matériel génétique issu du conjoint ou de la conjointe. Le brassage génétique est ainsi plus important que par l'ancienne méthode, où l'on fusionnait les ADN des deux parents pour créer un faux clone. Mais l'enfant à naître est à 100% issu de votre patrimoine génétique, c'est vraiment la chair de votre chair, pour répondre une vieille expression du XXIe siècle. Ensuite, dans le cas d'un couple de femme, l'embryon obtenu est en général transféré dans l'utérus d'une des conjointes. Un couple d'homme peut choisir entre une mère porteuse ou un utérus artificiel. Un couple de femme peut aussi choisir ces solutions si elles le souhaitent, remarquez.
Jour 7
Deux corps, deux bouches, quatre mains, des câlins, deux respirations qui s'entrecroisent, deux désirs qui montent, se complètent, s'additionnent, deux regards l'un dans l'autre, un couple qui fait l'amour dans un lit: c'est ce soir que, symboliquement, Camille et Dominique font leur enfant.
Jour 8
Un bureau, deux signatures, une clinique, des gants blancs, des examens, les prélèvements, un couple qui se tient la main, une petite boule d'angoisse dans le ventre: c'est aujourd'hui que, officiellement, Camille et Dominique font leur enfant.
Jour 278, 17 heure, 23 minutes
Claude 3,5kg, 52 centimètres, vient de naître, et gueule à plein poumons. Dans la clinique où a eu lieu l'accouchement, Dominique et Camille se regardent, de l'amour plein les yeux. Claude gueule toujours. La joie de vivre, sûrement. « Ce bébé là, c'est un vrai danger pour l'humanité, plaisante l'accoucheur. C'est votre premier enfant? J'espère pour vous que le deuxième sera moins bruyant! »
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[Inspiration: cette superbe note de la blogueuse BD Djou, qui à l'occasion de la journée contre l'homophobie, appellait les blogeurs à s'emparer du sujet, et les propos d'un député UMP qui cache son homophobie derrière des arguments très facilement démontables. Aux éventuels blogueurs qui passeraient pas là: continuez à faire circuler le message!]
[Edit: Video qui circule beaucoup aujourd'hui, et qui fout la patate]
01:45 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : homophobie, homosexualité, bébé, reproduction
07.05.2009
Les vacanciers du désespoir
« Qu'est ce que vous êtes venu faire en France? », demanda le gendarme.
A ses côtés, le traducteur répéta la phrase dans la langue du très jeune homme assis derrière la table, l'air perdu.
« Je. Suis. En. Vacances. », répondit celui-ci, avec un fort accent, et en détachant bien chaque mot.
Le gendarme soupira. C'était le troisième de la journée. A chaque fois la même réponse. Je suis en vacances. Sur un ton suppliant, moqueur, ironique... Dans la plupart des cas, les jeunes immigrants qu'il interrogeait ne parlaient pas du tout français, à peine anglais. Mais depuis quelques mois, tous avaient appris par coeur ces quelques mots: Je suis en vacances.
C'était faux, évidemment. Quand on a 16 ans, qu'on vient d'un pays en guerre, qu'on fait des milliers de kilomètres cachés à l'arrière d'un camion, ou dans un train d'atterrissage d'avion, ou sur une coquille de bois qui menace de chavirer à chaque vague, qu'on arrive dans un pays où on ne connait personne et dont on ne parle pas la langue, pour dormir dans un parc public et manger dans les poubelles, on peut difficilement appeler ça des vacances. Mais tous s'obstinaient, répétaient: Je suis en vacances.
Impossible de leur donner tort, en plus: s'ils se retrouvaient au poste, c'était dans la plupart des cas suite à un banal contrôle d'identité – au faciès, évidemment. Rarement suite à des infractions. Pas de papiers? Direction le poste. Là, la liste de traducteur comptait une quarantaine de noms, une soixantaine de langues en tout. Dans le tas, on finissait toujours pas trouver le bon. Il arrivait, les questions commençaient, comme prévu pas la nouvelle loi sur l'immigration, revisitée encore une fois par le gouvernement: état-civil, profession, nationalité, motif du séjour en France... Et sa réponse désormais invariable: Je suis en vacances. Un vrai gag.
Les migrants savaient que, s'ils n'avaient commis aucun délit où crime, cette réponse les rendait quasi-intouchable. Le débat était né près de deux ans plus tôt: pourquoi l'Europe et les États-Unis se permettaient-ils d'inonder de touristes les pays moins riches, et refusaient que les habitants de ces pays viennent chez eux? Au début, les pays riches avaient réagit vivement, parlant de faux débat, arguant que les pays pauvres avaient besoin des touristes riches pour vivre, et non l'inverse. Les pauvres s'étaient mis en « grève du tourisme », avaient expulsés tous ceux, retraités, rmistes, étudiants, voyageurs, qui vivaient sur leur territoire sans y travailler. Les pays riches s'étaient alors rendu compte que leurs retraités, leurs étudiants, leurs doux rêveurs étaient nombreux à s'être installés à l'année dans des pays où la vie est moins chère. Pour ces masses qui avaient pris l'habitude de se dorer la peau à petit prix, les pays au niveau de vie équivalent au leur étaient trop chers. La grève avait duré, les pauvres avaient tenu bon, les riches s'étaient lassés plus vite.
Dans plusieurs pays, le statut de Vacancier avaient été créé, pour désigner ceux qui préféraient vivre dans un autre pays par convenance personnel. D'autres avaient refusés catégoriquement, et s'étaient refermés sur leurs frontières: plus personne n'entre, mais plus personne ne peut sortir non plus, puisque il n'y a nul part où l'on sera accepté.
La France était toujours en débat sur le sujet. Majorité et opposition se bloquaient mutuellement depuis près d'un an. Par défaut, le statut de Vacancier s'appliquait. Sinon, les répercussions étaient immédiates. Un jeune marocain expulsé sans raison, et les deux millions de retraités français installés à l'année dans des caravanes le long des plages du Maghreb devaient plier bagage. Une famille de chinois mise dans l'avion, et les milliers de businessmen et d'étudiants installés à Shanghai pouvaient dire au revoir au confort de la vie à l'orientale.
Le mot avait vite couru parmi les migrants, souvent relayé par les associations de droit de l'homme. Quand on vous demande ce que vous faites là, dites que vous êtes en vacances. Cela ne résolvait pas les guerres, cela ne soignait pas les maladies, cela ne réduisait pas la pauvreté. Mais peu à peu, les riches se rendaient compte que le monde n'était pas divisé entre le pays de leur travail et les pays de leurs vacances.
Le gendarme soupira. Il se foutait pas mal de politique, où d'immigration. A son niveau, tous ces débats, c'était surtout du travail inutile. La plupart des contrôles d'identités ne servaient plus à rien. Autant aller à la Défense contrôler des costards-cravates...
« Vous pouvez y aller », dit-il au jeune homme en désignant la porte. « Bonnes vacances », ajouta-t-il par réflexe, avant de se rendre compte de ce qu'il venait de dire.
22:07 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : immigration, vacances
16.04.2009
Grands de ce monde
Aussi petits que soient les hommes, personne n'est à l'abri de la folie des grandeurs. A Lire.
23:48 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : président, sarkozy
06.04.2009
Holocène Park
[Fiction inspirée de cet article paru dans le Monde 2, sur le clonage des Mammouths et la création d'un Pléistocène Park en Sibérie]

(Le fleuve Kolyma près de Tcherski, emplacement approximatif du futur Pléistocène Park, au nord de la Sibérie Orientale)
"Hey, tu as vu ce qu'on inventé les Sapiens?"
L'interpellation d'Hera tira Zeus de sa torpeur. Non, il n'avais pas vu. Cela faisait d'ailleurs un bon moment qu'il ne s'était pas interressé à ce qui se passait chez les Sapiens. Qu'avait-il donc inventé de suffisamment important pour exciter à ce point Hera?
"Ils sont en train de construire un Pléistocène Park! Ils veulent y mettre des mammouths, des rinocéros laineux, des Néandertaliens... Un projet pour faire revivre les espèces disparues! Ironique, non?"
Zeus sourit. Amusant, en effet. En regardant dans les instruments, il vit le parc en construction, dans une immense zone froide et désertique de la planète. La ferveur qui régnait sur le chantier lui rappelait des souvenirs.
Il se revoyait, beaucoup plus jeune, en train d'essayer de convaincre le Conseil des Homos Evolus de débloquer des crédits pour un projet complétement fou: recréer des expèces disparues, par clonage. Il n'avait jamais été aussi heureux que lorsque le projet avait été adopté. S'en était suivi des milliers d'années de travail, pour créer un peu partout dans la galaxie des planètes-sanctuaires, protégées de toutes intrusions extérieures.
Chacune avait été dédiée à une période plus ou moins importante de l'évolution des expèces vivantes: Cambrien, Silurien, Permien, Jurassique... Et, plutôt vers la fin de l'échelle des temps, la petite période Holocène, celle pendant laquelle vivait les Sapiens, l'espèce qui avait évoluée en Modernus, puis après quelques étapes, en Evolus.
En contemplant le chantier du Pléistocène Park, une pensée frappa Zeus: les espèces d'Homos qu'il avait recrée se rendraient-elles compte, un jour, qu'elle vivaient elles aussi dans un Parc?
Une seconde pensée la chassa soudainement, lui fournissant un début de réponse, et le plongeant dans un abîme de perplexité: et si les Evolus n'étaient, eux aussi, qu'une re-création, un projet scientifique, historique et ludique, mis en place par l'étape suivante de l'évolution? Soudain suspicieux, il leva les yeux vers la grande carte affichée au mur: passé l'échelle du superamas de galaxies, personne ne savait vraiment ce qui existait, et depuis combien de temps cela existait...
01:12 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : dinosaures, mammouth, humains
29.03.2009
BigSheep
Inspiration: cette note de Rue89, ses commentaires, et surtout la vidéo qu'elle m'a fait découvrir (ci dessous).
- Bèèèèèèèèèèèèèèèèèè....
Le démon américain se rapprochait de plus en plus, en continuant de hurler comme un mouton détraqué. Un bruit envahissant, énervant, terrifiant, qui semblait ne jamais vouloir stopper.
Le robot lui même ne s'arrêtait pas. Les hommes avaient pourtant tout essayé. Les balles ricochaient sur lui. Les explosifs - grenades, obus, mines... - le retardait à peine. L'engin semblait indestructible. Il n'était pourtant pas très imposant. Mais même lorsque une explosion l'envoyait sur le côté, ou même le retournait, il trouvait toujours moyen de se remettre sur ses pattes, avec l'agilité d'une araignée désarticulée.
Dans sa tête de métal, un cerveau électronique lui donnait ses ordres, ses buts.
- Bèèèèèèèèèèèèèèèèèè....
Balance = 182°. Direction = targets. Speed = 11,7 km/h.
Peint sur la carlingue, une tête de démon cornu, mélange d'homme et de bouc. Une amélioration artisituqe réalisée par le régiment de combat robotisé de l'armée américaine auquel appartenait cet engin. Un officier avait trouvé que son nom officiel -BigSheep- faisait trop inoffensif. e mouton était devenu démon. Les populations locales avaient rapidement appris à le connaitre sous ce nom.
- Bèèèèèèèèèèèèèèèèèè...
Obstacle = door. Order = destroy.
Un des tubes sur le côté du robot s'ouvrit. Une détonation sourde retentit. Le bas de la porte explosa, laissant suffisament de place au robot pour passer.
- Bèèèèèèèèèèèèèèèèèè...
Obstacle = stairs. Order = go on.
Le robot se mit à grimper l'eclaier Au premier étage, il y avait une poignée de combattants, une mère, et ses deux enfants qui se cachaient, terrifiés par le bruit qui s'approchait. Lorsque le robot s'engagea dans la porte, des rafales de fusil-mittrailleur l'accueillirent. Le démon ne sembla même pas les remarquer.
- Bèèèèèèèèèèèèèèèèèè...
Detected = humans. Number = seven.
Pendant une seconde qui dura une éternité, les rafales lancées par les combattants cessèrent. En face, le robot semblait toujours analyser les informations. A l'exception de son bruit de mouton mécanique, qui était devenu assourdissant, aucun son n'était perceptible.
- Bèèèèèèèèèèèèèèèèèè...
Targets = >130 cm humans. Number = five. Order = kill.
Cinq détonations se firent entendre. Des coups réguliers, net, précis. Les cinq adultes s'effondrèrent lentement, une balle de très gros calibre dans le thorax. Les deux enfants, que la terreur avait jusque là rendu muets, se mirent à hurler.
- Bèèèèèèèèèèèèèèèèèè...
Detected = <130 cm humans. Number = two.
Le démon s'approcha d'eux, en enjambant les cadavres des adultes. N'ayant plus la force de hurler, les enfants se mirent à pleurer.
- Bèèèèèèèèèèèèèèèèèè...
Orders = give food, water & médikit, transmit rescue signal.
Sous le ventre du monstre, une petite trappe s'ouvrit. Un petit paquet de toile vert, avec une grosse croix rouge dessus, tomba sur le sol. Le monstre se retourna, enjamba les cadavres, disparut par la porte.
- Bèèèèèèèèèèèèèèèèèè....
Order = detect new targets.
A quelques kilomètres de là, une unité de sauvetage de la croix rouge recut le signal envoyé par le robot. Deux humains de moins d'un mètre trente - des enfants, selon toutes probabilités-, cachés au premier étage du dix-neuvième bâtiment de la grande rue. Dès que la zone serait entièrement sécurisée, les médecins étaient prêts à aller les chercher.
21:44 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : robot, fin du monde, nouvelle
23.03.2009
(Brève) histoire de l'écriture et de ses supports
Scribe écrit. Il aime ça. C'est lui qui a inventé cette idée, et qui l'a amélioré au fil du temps.
Scribe écrivait d'abord sur les parois des grottes, ou sur les troncs des arbres, mais cela n'était pas pratique. Pas transportable, surtout. Il se mit alors à écrire sur des plaques de bois, d'argile, de marbre, de cire... Mais ces supports étaient toujours relativement lourd, peu pratiques. Il eu alors l'idée d'écrire sur de la peau animale. Sa nouvelle invention, le parchemin, était quand même plus légère que les supports précédents, mais toujours pas parfaite. Il essaya avec des plantes comme matières premières, inventa d'abord le papyrus, puis enfin le papier.
Le papier, un support révolutionnaire. Fragile, mais tellement léger... Pendant longtemps, il cru tenir là le sommet de son œuvre.
Il développa alors les techniques de reproduction de l'écriture. La presse, qu'il avait testé sur d'autres supports, fonctionnait très bien sur le papier. Il inventa l'imprimerie, les caractères mobiles. L'écriture se diffusa partout, de plus en plus vite. Scribe était content.
Puis Scribe découvrit l'informatique. On écrivait sur un écran, sans figer les lettres à tout jamais. On pouvait modifier, corriger facilement un texte, tant qu'il n'était pas imprimé. Surtout, on pouvait se le transmettre d'un ordinateur à l'autre. Le texte était écrit dans la mémoire des machines. On pouvait le modifier, agrandir les lettres si besoin, l'imprimer si envie. Le papier devenait facultatif.
A l'informatique, Scribe ajouta internet. L'écriture, désormais libérée de tout support physique, se diffusa encore plus. Un texte pouvait être écrit par des milliers de personnes, faire le tour du monde en quelques secondes, être lié à un autre, à deux autres, à dix autres, qui l'enrichissait, l'expliquait, le contredisait. Le texte était partout, et nul part en même temps. On pouvait y accéder depuis un nombre incalculable d'écrans ou de machines.
Scribe se dit qu'il tenait là le sommet de son œuvre. Puis se rappela qu'il avait dit ça du papier.
« Que me réserve l'avenir? », se prit-il à penser.
20:58 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : écriture, papier, internet, imprimerie
16.02.2009
La planète d'à côté
[Inspiration: La Terre à des soeurs habitables et probablement habitées - France info]
- Alors?
- Apparement, ils ne nous ont toujours pas vu.
La découverte avait été faite quelques temps plus tôt. Elle avait d'abord suscité une immense stupeur, puis une joie non moins grande. Elle remettait en cause les fondements même de l'univers, toute les visions du monde jamais établies, jusqu'à la façon de penser. Mais peu à peu, une appréhension était apparue. Et au fur et à mesure que les informations tombaient, une peur sourde s'était installée.
L'évènement marquait pourtant un tournant dans l'histoire de la planète. Au fil du temps, cette hypotèse avait d'abord été une hérésie religieuse, puis un rêve farfelu, qui était devenu peu à peu une espérance muette. Les scientifique s'étaient finalement penchés sur la questions sérieusement, et avait conclue à une probabilité forte. et puis, finalement, il y avait eu la preuve: il y avait de la vie sur d'autres planète.
Sur une, en particulier.
Les scientifiques l'avait vu, l'avait photographiée avec leurs instruments. Une planète habité par des êtres intelligents - différents, oui, mais indibutablement intelligents. Des cités, de la vie, des arts, des moyens de communication dévelloppés. Les photos avaient suscité un emballement énormes dans toutes les couches de la population, stoppant net les conflits. A quoi bon? Il y avait, pas loin dans l'espace, une autre planète dont l'existence même remettait en cause, le plus souvent, ce pour quoi il y avait conflit.
Puis d'autres photos éteient tombées. D'autres informations. Pas des bonnes informations.
Des guerres, d'une violence inouïe. Des armes destructrices comme personne n'en avait imaginé ici. Des dirigeants cruels, stupides, bornés, égoïstes. Il y avait plus de raisons de craindre ces nouveaux voisins que de se réjouir. La planète était retournée à ses occupations habituelles, en espérant que les nouveaux voisins ne se rendent pas compte qu'ils n'était pas les seuls habitants du coin.
- Tu crois qu'ils nous découvrirons un jour?
- Evidemment. On les as bien vu, nous. Et ça devrait être pour bientôt: apparement, ils vont lancer un nouvel engin de détection.
- On fera quoi, à ce moment la?
- Bonne question, ça.
- En attendant, on fait quoi?
- On les étudie. Mais ça va prendre du temps. Rien que pour les comprendre, ça va être coton: ils ont pleins de langages, c'est un bordel, je te raconte pas.
- Et elle s'appelle comment, leur planète?
- Ben ça dépend des langues. Le mot qui revient le plus souvent, c'est Earth. Ca veut dire Terre, chez eux. Tu vois le niveau d'imagination...
23:41 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : extraterrestre

