19.04.2009

Une bibliothèque en un clic

Je suis actuellement en train de télécharger 1630 livres.

En un clic, j'ai lancé le fichier torrent proposé par ce très gentil site, et je suis maintenant en train de télécharger 4 Giga octets de littérature classique libre de droit. Ca va de A comme Académie française à Z comme Zola, en passant par Arthur Conan Doyle, Alexandre Dumas, André Gide, Homère, Victor Hugo, Pierre Loti, Maupassant, Edgar Alan Poe, Sant-Exupery, Jules Verne...

J'adore internet.

Et au passage, à tous ceux qui ne voient le téléchargement que comme une menace pour la culture: Pwned.

Merci à Aldus pour ce cadeau!

01.04.2009

Victor, tu nous manques

Victor_Hugo.jpgJe suis tombé récemment, au hasard du web, sur deux textes très bien écrit de Victor Hugo. Deux textes très actuels, surtout.

Le premier, découvert içi, est extrait de Napoléon, le petit (1852), et il montre que parfois, l'Histoire béguaie:

« Que peut-il ? Tout. Qu'a-t-il fait ? Rien. Avec cette pleine puissance, en huit mois un homme de génie eût changé la face de la France, de l'Europe peut-être. Seulement voilà, il a pris la France et n'en sait rien faire. Dieu sait pourtant que le Président se démène : il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète ; il cherche à donner le change sur sa nullité ; c'est le mouvement perpétuel ; mais, hélas ! cette roue tourne à vide. L'homme qui, après sa prise du pouvoir a épousé une princesse étrangère est un carriériste avantageux. Il aime la gloriole, les paillettes, les grands mots, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir. Il a pour lui l'argent, l'agio, la banque, la Bourse, le coffre-fort. Il a des caprices, il faut qu'il les satisfasse. Quand on mesure l'homme et qu'on le trouve si petit et qu'ensuite on mesure le succès et qu'on le trouve énorme, il est impossible que l'esprit n'éprouve pas quelque surprise. On y ajoutera le cynisme car, la France, il la foule aux pieds, lui rit au nez, la brave, la nie, l'insulte et la bafoue ! Triste spectacle que celui du galop, à travers l'absurde, d'un homme médiocre échappé ».

Le second, vu un peu partout sur le Web au moment où la Chine réclamait le retour de pièces volées au Palais d'été par les forces françaises, et revendues lors de la Vente du siècle, est la meilleure réponse que l'on peut donner à ce débat:

Lettre au capitaine Butler - Victor Hugo et Le sac du palais d'été

Hauteville House, 25 novembre 1861

"Vous me demandez mon avis, monsieur, sur l'expédition de Chine. Vous trouvez cette expédition honorable et belle, et vous êtes assez bon pour attacher quelque prix à mon sentiment ; selon vous, l'expédition de Chine, faite sous le double pavillon de la reine Victoria et de l'empereur Napoléon, est une gloire à partager entre la France et l'Angleterre, et vous désirez savoir quelle est la quantité d'approbation que je crois pouvoir donner à cette victoire anglaise et française.

Puisque vous voulez connaître mon avis, le voici :

ll y avait, dans un coin du monde, une merveille du monde ; cette merveille s'appelait le Palais d'été. L'art a deux principes, l'Idée qui produit l'art européen, et la Chimère qui produit l'art oriental. Le Palais d'été était à l'art chimérique ce que le Parthénon est à l'art idéal. Tout ce que peut enfanter l'imagination d'un peuple presque extra-humain était là. Ce n'était pas, comme le Parthénon, une œuvre rare et unique ; c'était une sorte d'énorme modèle de la chimère, si la chimère peut avoir un modèle.

Imaginez on ne sait quelle construction inexprimable, quelque chose comme un édifice lunaire, et vous aurez le Palais d'été. Bâtissez un songe avec du marbre, du jade, du bronze, de la porcelaine, charpentez-le en bois de cèdre, couvrez-le de pierreries, drapez-le de soie, faites-le ici sanctuaire, là harem, là citadelle, mettez-y des dieux, mettez-y des monstres, vernissez-le, émaillez-le, dorez-le, fardez-le, faites construire par des architectes qui soient des poètes les mille et un rêves des mille et une nuits, ajoutez des jardins, des bassins, des jaillissements d'eau et d'écume, des cygnes, des ibis, des paons, supposez en un mot une sorte d'éblouissante caverne de la fantaisie humaine ayant une figure de temple et de palais, c'était là ce monument. Il avait fallu, pour le créer, le lent travail de deux générations. Cet édifice, qui avait l'énormité d'une ville, avait été bâti par les siècles, pour qui ? pour les peuples. Car ce que fait le temps appartient à l'homme. Les artistes, les poètes, les philosophes, connaissaient le Palais d'été ; Voltaire en parle. On disait : le Parthénon en Grèce, les Pyramides en Egypte, le Colisée à Rome, Notre-Dame à Paris, le Palais d'été en Orient. Si on ne le voyait pas, on le rêvait. C'était une sorte d'effrayant chef-d'œuvre inconnu entrevu au loin dans on ne sait quel crépuscule, comme une silhouette de la civilisation d'Asie sur l'horizon de la civilisation d'Europe.

Cette merveille a disparu.

Un jour, deux bandits sont entrés dans le Palais d'été. L'un a pillé, l'autre a incendié. La victoire peut être une voleuse, à ce qu'il paraît. Une dévastation en grand du Palais d'été s'est faite de compte à demi entre les deux vainqueurs. On voit mêlé à tout cela le nom d'Elgin, qui a la propriété fatale de rappeler le Parthénon. Ce qu'on avait fait au Parthénon, on l'a fait au Palais d'été, plus complètement et mieux, de manière à ne rien laisser. Tous les trésors de toutes nos cathédrales réunies n'égaleraient pas ce splendide et formidable musée de l'orient. Il n'y avait pas seulement là des chefs-d'œuvre d'art, il y avait un entassement d'orfèvreries. Grand exploit, bonne aubaine. L'un des deux vainqueurs a empli ses poches, ce que voyant, l'autre a empli ses coffres ; et l'on est revenu en Europe, bras dessus, bras dessous, en riant. Telle est l'histoire des deux bandits.

Nous, Européens, nous sommes les civilisés, et pour nous, les Chinois sont les barbares. Voila ce que la civilisation a fait à la barbarie.

Devant l'histoire, l'un des deux bandits s'appellera la France, l'autre s'appellera l'Angleterre. Mais je proteste, et je vous remercie de m'en donner l'occasion ; les crimes de ceux qui mènent ne sont pas la faute de ceux qui sont menés ; les gouvernements sont quelquefois des bandits, les peuples jamais.

L'empire français a empoché la moitié de cette victoire et il étale aujourd'hui avec une sorte de naïveté de propriétaire, le splendide bric-à-brac du Palais d'été.

J'espère qu'un jour viendra où la France, délivrée et nettoyée, renverra ce butin à la Chine spoliée.

En attendant, il y a un vol et deux voleurs, je le constate.

Telle est, monsieur, la quantité d'approbation que je donne à l'expédition de Chine."

Je vais peut-être me remettre à lire Victor Hugo, moi...

20.03.2009

Edition et internet

J'ai regardé récemment ce long débat d'une heure, publié sur Rue89. Il a eu lieu au dernier salon du livre. J'y ai entendu beaucoup de conneries.



On y voit deux éditeurs old school (papier) parler entre eux, vaguement canalisés par un critique littéraire et un journaliste pourtant enthousiastes face aux évolutions actuelles, tandis qu'un commercial fait la pub de son dernier gadget ebook et qu'une éditrice new age (internet) se fait gentiment renvoyer au panier.

De ce visionnage, j'ai constaté que beaucoup de personnes ne comprenaient absolument rien à ce qui se joue actuellement avec internet.

C'en était drôle, d'ailleurs. L'un des éditeurs – le plus bruyant – a passé son temps à dire que les livres sur internet n'avaient aucun avenir, que rien ne valait le papier.

Pourtant, ses propres paroles le contredisait. Au cours du débat, on l'a entendu dire (en gros) :

« Le seul moyen de finir millionnaire en étant éditeur, c'est de commencer milliardaire. On y a tous laissé notre chemise. » --> Traduction: ll' édition, c'est un truc de passionné, y'a pas une thune à se faire, mais nous on est tellement au dessus de la moyenne qu'on le fait quand même.
« 90% des manuscrits qu'on reçoit ne seront jamais imprimés »
« Entre le manuscrit qu'on reçoit et le livre qu'on édite, il y a une énorme différence »
plus tard, «  La plupart des livres imprimés ne se vendent qu'à 500 exemplaires »
On aurait pu rajouter: « sur ces 500 exemplaires, combien sont vraiment lus? »

Donc, si on résume, on a un système d'édition qui ne fait pas gagner d'argent, qui sélectionne drastiquement les livres qui méritent d'être édités, et qui n'arrive pas à vendre ceux qui sont imprimés.

Personnellement, j'appelle ça un système qui ne marche pas.

Proposons-en un autre.

Un système ou n'importe qui peut écrire ce qu'il souhaite, et ou n'importe qui peut lire ces écrits, sans que cela ne coûte d'argent ni à l'un ni à l'autre. Ajoutons un système qui permette au lecteur de donner son avis sur les écrits de l'auteur, pour lui permettre d'affuter sa plume.

Génial, je viens d'inventer internet, et les blogs littéraires dans la foulée.

Ces deux éditeurs enfermés dans leur monde me faisaient penser à deux vestiges d'un temps passé. Ceci dit, ils étaient dans leur rôle. Je suppose que quand Gutenberg est arrivé en disant « Hey les mecs, je viens d'inventer un truc super cool pour fabriquer des livres beaucoup plus facilement et rapidement, ça s'appelle l'imprimerie », les moines copistes lui ont répondu « Heu, ça marcheras jamais ton truc, des bibles écrite par des machines c'est pas des vrais bibles, personne ne voudra les lire, toutes les lettres se ressemblent, et en plus ton encre elle tâche. »

Après avoir vu ce débat, j'ai lu ce post de Benoit Raphaël, inspiré de celui-ci, de Clay Shirky, et je me suis dit qu'il y avait quand même quelques personnes qui regardaient vers l'avenir plutôt que vers le passé (lire dans le prochain post, Presse et internet).