16.02.2009

Dégâts de chauffage

[Inspiration: Six pieds sur terre, blog de Libération]

- C'est quoi ce bordel? Qu'est ce qui s'est passé ici?

- C'est l'appareil des voisins qui a eu une fuite, apparement.

- L'appareil des voisins? Quels voisins? Quel appareil?

- L'hôpital. Ils ont une pile nucléaire qui fournit l'électricité, apparement elle déconne.

- Et c'est ça qui a fait peler nos murs?

- Ben faut croire... Y'a un type qui est passé nous donner des documents pour l'assurance. il a dit qu'il y avait pas de danger, mais que si on commençait à avoir envie de vomir fallait aller à l'hôpital passer des examens...

- A l'hôpital? Donc je rentre chez moi, mes murs ont la lèpre, c'est la faute au chauffe-eau de l'hôpital, c'est pas dangereux, mais si je me sent mal quand même faut que j'aille là d'où vient le problème, en fait?

- Ben... Oui.

- J'espère pour eux qu'ils ont une bonne assurance.

08.02.2009

Pyromane

[Inspiration: «L’enfer dans toute sa fureur» s’est abattu sur l’Australie – Liberation.fr]

 


Des flammes. Partout. Une chaleur incroyable, insoutenable. Une atmosphère irrespirable, où la moindre gorgée d’air empoisonne plus qu’elle ne sauve. Une fumée qui cache la lumière. Une atmosphère de fin du monde.

 

Dans la voiture, il transpire à grosses gouttes. Le cuir du siège lui brûle les cuisses, même à travers son bermuda. Le volant lui brûle les mains. Ses yeux piquent, attaqués par les particules de cendre. Il conduit quand même, à moitié aveuglé. Vite, le plus vite possible. Sortir de ce piège infernal.

 

Les flammes l’encerclent. Sa vieille voiture est piégée. Il est seul au milieu de ce décor de cauchemar, où la cendre et les flammes dansent au milieu des bourrasques des vents.

 

Un spectacle qu’il adore. Du rouge, du jaune, du blanc qui se fixe sur la rétine. Les vagues de chaleurs qui arrivent à son visage, apportées par le vent, lorsqu’il regarde ce merveilleux spectacle au loin. Les matières qui s’enflamment, se rétractent, disparaissent. Dévorées par une bête qui n’est jamais rassasiée. Une bête qui avance toujours, inexorablement, qui se nourrit de tout ce qui lui tombe sous la main.

 

Il a toujours adoré ce spectacle.

 

La préparation, d’abord. De l’essence, une allumette. Rien de plus simple. L’allumette suffirait, même. Incroyable. Un bâtonnet de soufre gratté, un pays qui s’enflamme.

 

Le repérage, ensuite. Le coin parfait. Un décor où la bête trouvera à se nourrir, à se propager, où le spectacle sera assuré. Un coin sans personne pour le voir lorsqu’il passera à l’action. Avec une route rapide à côté, pour prendre rapidement ses distances.

 

La mise en œuvre, enfin. L’impression de toute-puissance, inégalable, lorsque il allume le bâtonnet. L’instant d’hésitation, où il peut encore tout arrêter. L’instant qui dure le plus longtemps. L’impression de contrôler le monde entier au bout de ses doigts. L’allumette qui se consume. La chaleur soudaine au bout des ongles, qui lui fait lâcher prise. Le petit bout de bois enflammé, qui tombe sur le sol. Qui semble mourir. Et d’un coup, la bête se réveille. Mord dans la feuille, dans l’herbe, dans le bois d’à côté. De toute ses dents. Grandit. Dévore. Devient immense.

 

L’instant de fascination, lorsqu’il regarde ce spectacle, cette danse des éléments qui prend forme juste pour lui. Puis l’instinct de survie qui reprend le dessus, quand les flammes se rapprochent, quand la chaleur sur son visage lui rappelle qu’il n’est pas devant sa télé. Partir. Reprendre la voiture, voire le spectacle dans le rétroviseur, s’arrêter au loin pour le deuxième acte, la bataille futile des pompiers contre la bête.

 

Mais aujourd’hui, une autre bête l’attendait. Pas la sienne. Une bête née en même temps, mais quelques kilomètres avant. Un beau spectacle, sûrement, pour celui qui lui a donné naissance, et qui la regarde de loin, en sécurité. Un instant d’effroi total pour lui, lorsqu’il s’en est rendu compte. Derrière lui, sa bête. Devant lui, l’autre bête. Pas de retraite. Plus aucun contrôle. L’impression de toute puissance qui s’évanouit d’un coup, pour laisser la place à l’incompréhension. Puis à une panique totale.

 

Le feu l’encercle. Il fonce dedans. Un rideau de flamme, la liberté derrière ? Une souche, un choc qui détruit le capot, sa tête qui heurte le volant, sa vue qui se brouille un peu plus. Un instant d’égarement, qui dure une éternité. Plus aucun contrôle, sur rien. Juste la peur, immense, qui l’envahit complètement. Et l’incompréhension, encore. Où sont les pompiers ? Pourquoi ne viennent-ils pas m’aider ? Ces pensées lui traversent l’esprit. Lui-même les trouve obscène.

 

L’espoir malgré tout, en entendant une sirène au loin. L’espoir fou. Trop tard. Les bêtes se rapprochent. La deuxième est la plus rapide, elle à le vent avec elle.

 

C’était un beau spectacle. Au début. Dommage qu’un autre pyromane ait eu la même idée, juste quelques kilomètres avant.